Colette a vingt ans lorsqu’elle découvre
Paris. Elle l’aimera profondément. Ses premières adresses sont pour
l’essentiel choisies par ses maris, ses amants, ses maîtresses.
Puis elle en appréciera de multiples
charmes. « j’y trouvai, l’une après l’autre, tant de provinces », avec
une tendresse durable pour le Palais-Royal et une attention
particulière pour les petites marchandes d’oubli, qui « pêchaient à même
le flot des passants de midi » sans maquillage outrancier, se reposant
d’une jambe sur l’autre « comme les chevaux qui passent leur vie sous
le harnais ». Il en était une qui eût pu prétendre pourtant à
l’honorariat : « Soixante-seize ans, une charpente indestructible, les
pieds lourds, mais la taille encore droite, le teint d’un vieux
vigneron, une paire d’yeux couleur de saphir très foncé, inoubliables,
resplendissants, un sourire errant qui n’avait pas d’âge, et ne
s’adressait à personne … »
Retrouvez l'article de Marc Emile Baronheid ici !
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Les éditions de L’Herne (connues pour ses fameux Cahiers) ont eu la
bonne idée de rééditer quatre livres sur Paris dus à des signatures
prestigieuses. Paris, je t’aime!, clame la
Bourguignonne Colette qui, en 1926, emménage au Palais Royal (alors
fréquenté par les prostituées) dans un entresol exigu et bruyant qui
devient un «village dans le village» avec ses codes, ses règles et ses interdits, comme l’écrit Frédéric Maget dans sa préface. Dans ce recueil, l’auteure de Chéri revient sur son enfance, sa découverte de Paris, la vie de son quartier, etc. Sous le titre Paris, sont réunis treize textes de J.-K. Huysmans, représentant du mouvement décadent avec A rebours. Il parle du «charme» du
Jardin du Luxembourg, des gouvernantes anglaises qui se retrouvent tous
les matins au Parc Monceau, d’un bal à Grenelle où les militaires et
les dames ne payent pas, des buveurs attablés sur le trottoir du
boulevard du Montparnasse ou d’une «vieille hommasse», vendeuse de petit noir à des marins. Sont également réédités Paris, capitale du XXe siècle de Walter Benjamin qui parle notamment de la construction des passages, singularité parisienne dans laquelle «Fourrier a reconnu le canon architectonique du phalanstère», ainsi que Mes apprentissages à Paris où Casanova rend compte d’un temps prérévolutionnaire.
Retrouvez l'article de Michel Paquot ici !
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Joris-Karl Huysmans fréquente et
raconte le jardin du Luxembourg, le parc Monceau, le boulevard
Montparnasse, un gentil bal à Grenelle, de petits coins où les servantes
plument des dindons.
Dans le dernier quart du 19e siècle, il
hume Paris avec gourmandise et le raconte avec panache. Ses chroniques
se déploient en jaillissements colorés et fulgurants, d’une puissance
allusive que l’on peinerait à retrouver, aujourd’hui, dans ces pages où,
croient les rapporteurs, le choc des photos dispense de la féérie des
mots. Votre réveillon sera-t-il à la mesure de celui-ci, où « la table
plie sous le faix des victuailles et des buveries. Taïaut ! taïaut ! en
chasse des fines bouteilles et des succulentes venaisons ! Qu’on vide
les carafes à vins, qu’on morde à belles dents dans les chairs parfumées
des truffes, qu’on arrose les gargamelles assoiffées avec le sang des
vins, qu’on fasse sonner le doux carillon des mâchoires ! Taïaut !
taïaut ! Que le casque d’or des champagnes rosés saute et jette au
plafond des chambres ses folies et ses mousses ! taïaut les baisers,
taïaut ! » ?
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